De retour!

De retour!

Récemment, j’ai lu qu’on pouvait voir la vie divisée en quatre cercles, un au centre et les trois autres concentriques autour. Au centre, c’est la zone de confort, la cercle juste autour, la zone d’apprentissage. Puis ce serait la zone de panique, et enfin la zone de magie.

En ce lundi 11 octobre, après plus de deux ans sans avoir navigué avec Patchwork, au moment de hisser les voiles, je pense que je suis dans la zone de panique. Un mélange de stress, d’excitation et d’angoisse. Et puis ça y est, c’est le grand départ, je m’attends à ce que le bateau file sous le vent, fende les flots, et que je sois telle une valeureuse navigatrice, réclamant toujours plus de gîte. Mais en fait non, j’ai le mal de mer. En quelques heures, je passe de la zone de panique à la zone de survie, après une escale dans la zone de vomi. Je resterai le reste de la navigation prostrée sur mon pouf, telle une moule qui s’accroche à son rocher. Thomas n’en mène pas large, mais fort heureusement, il a l’estomac mieux accroché que moi. C’est donc non sans soulagement que nous arrivons à Moorea…

Mais une petite minute! Je vous vois derrière votre écran, vous disant qu’elle est bien mignonne celle-là avec ses histoires de moule qui vomit, mais un peu de contexte ça serait pas mal non, après deux ans d’absence sur ce blog?

Donc : en janvier 2020, je quitte par avion la Polynésie, pour aller rendre visite à ma famille, et prendre un peu de recul avec la vie en mer, dont je suis un peu « fiou » comme on dit en Polynésie . (Fiou c’est un joli petit mot qui est aussi une onomatopée, c’est quand on est fatigué, qu’on a la flemme, qu’on en a marre, bref ffffiou je suis fiou! ). Thomas quant à lui reste à Raiatea pour s’occuper du Patchwork, qui a grand besoin qu’on lui donne du temps et de l’amour. L’idée c’était que je rejoigne Thomas au bout de quelques mois, puis qu’on continue le périple.

Et puis le covid est arrivé. Je ne sais pas si vous en avez entendu parlé, c’est une sorte de virus qui a suscité beaucoup d’intérêt dans les médias et chez nos politiques, une pandémie mondiale contre laquelle il fallait lutter en restant chez soi. Donc me voilà confinée chez mes parents, et Thomas confiné sur le bateau à l’autre bout de la planète.

Mais Patchwork n’est pas un bateau pirate pour rien, et son capitaine a plus d’un tour dans son sac! Tous les 10 jours, un avion faisait la liaison Papeete-Paris, en direct (c’est à dire sans escale technique pour faire le plein à mi-parcours). Et donc ces avions étaient très peu remplis, le poids savamment calculé pour que l’avion ait assez de carburant! Manque de bol, Thomas n’est pas à Papeete, mais à Raiatea. Pour acheter un billet d’avion, il veut être sûr de pouvoir se rendre à Papeete, mais pour se rendre à Papeete, il doit avoir un justificatif (un billet d’avion pour la métropole fonctionnant très bien comme tel). C’est le serpent qui se mord la queue. Il n’est pas seul dans ce cas-là, et rencontre deux jeunes filles qui, elles, ont bien leur billet d’avion. Un coup de Photoshop et voilà notre Thomas qui a son autorisation pour embarquer sur le cargo qui l’amènera à Tahiti! Et là, covid oblige, ils sont parqués chacun dans 2m2 délimités par des rubalises. Vous aussi vous avez trouvé que cette pandémie nous a fait passer à côté de notre humanité?

Notre capitaine dort tant bien que mal sur son morceau de bois, et arrive à 4h du matin à Papeete. Il se rend directement à l’aéroport. Et il attend. Il attend. Puis il attend encore. Et il attend encore un peu. Il se fait interviewer par la télé locale (oui oui il sera aux infos le lendemain! ). Puis il attend encore. À 2h du matin, l’avion est sur le point de décoller. Ils sont une dizaine comme lui à s’être présentés sans avoir de billet, à voir si éventuellement ça pourrait pas passer. Thomas compte sur sa silhouette svelte et sur son mini-bagage (il avait un t-shirt, un slip et une paire de claquette en arrivant en France!), il ne va pas peser lourd dans l’avion! À 2h30 on leur demande de s’approcher, le commandant de bord est en train de prendre une décision. À 2h45, on leur dit de rentrer chez eux, il n’y a plus de place, ciao, bye bye. Thomas ne s’y résigne pas, il reste à l’aéroport, le cœur gonflé d’espoir (à ce moment là faut dire que ça fait trois mois qu’on s’est pas vus!). À 2h55, le commandant de bord arrive et, dans sa grande clémence, décide d’embarquer tout le monde! À 3h15, l’avion décolle! Ni une ni deux, j’achète le seul billet Paris-Toulouse disponible (à ce moment-là il n’y a qu’un vol par jour!), et Thomas réussira à embarquer in extremis, après une course effrénée dans Orly, le tout avec un masque chirurgical sur le nez!

Après cette grande aventure, nous avons vécu notre vie de confinés, puis lorsqu’on a pu on s’est lancés dans quelques projets. Puis on a été reconfinés, déconfinés, reconfinés, enfin vous connaissez la chanson. Entre deux confinements Thomas a encore réussi à se faufiler et faire un aller-retour pour aller voir Patchwork. Et puis le vaccin est arrivé, on s’est dit que ça allait se tasser, qu’il était temps de rentrer sur Patchwork.

Fin juin, schéma vaccinal complet, test PCR négatif, formulaires remplis, nous voilà partis! Partis pour… 3 mois de rénovation intensive du bateau! On dit que quand le chat dort, les souris dansent. En mode bateau en bois sous les tropiques ça se dit « quand les proprios sont pas là, les termites se régalent et le bois pourrit! ». Et puis toutes les petites choses qui font naturellement partie de l’entretien d’un bateau se sont accumulées.

Thomas a du arracher tout le panneau arrière, pourri et infesté de termites
Ça bosse au carénage!
On refait le panneau arrière en erex, c’est de la mousse, moins naturel que le bois mais on ne sera plus embêtés! On givrera puis on mastiquera avant de pouvoir peindre
On avait fait un pochoir du nom du bateau avec l’ancien panneau arrière, un peu d’ingéniosité et le tour est joué!
Tellement fier quand c’etait fini!!!

Alors on a eu des baisses de moral, des regains de motivation, des jours de désespoir, et des jours de grande efficacité. Heureusement, on a eu le soutien indéfectible des copains, Édouard et Annabelle (les lecteurs assidus du blog se souviendront d’eux!), qui nous ont donné accès à leur ponton et à un grand espace protégé des intempéries, dans lequel on a pu réparer l’annexe, la bôme de trinquette, le guindeau… Leur accueil et leur amitié nous ont donné du courage! Et pour leur prêter main forte, Adva est venue nous soutenir aussi! Bon à la base, elle venait pour passer du temps sur son bateau, mais ils ont annoncé un confinement pendant qu’elle était dans l’avion! Elle est restée avec nous quatre semaines, pendant toute la durée du confinement.

Confinement qui somme toute, ne nous a pas vraiment changé la vie. De toute façon, on devait travailler sur le bateau. Et puis la baie d’Apu, c’était un peu « the place to be ». Il n’y avait pas de contrôle de police, et on pouvait faire du kayak, voir les copains, aller nager, sans être embêtés. On en a donc profité pour passer du temps avec Manu, un architecte qui vit sur son bateau, moitié du temps à Hawaii pour faire de la planche à voile dans les vagues, moitié du temps en Polynésie. Il a initié Thomas au wingfoil, et on l’a initié au chrominos (c’est comme le domino mais avec des couleurs, pratique quand on ne sait pas compter). Il nous a aussi aidé pour quelques réparations, il avait toujours le matériel qu’il fallait et de bonnes idées!

Une fois déconfinés, on a pu profiter du lagon et faire quelques excursions avec Patchwork, au moteur a défaut d’avoir terminé de réparer les mats, pour pouvoir retendre les haubans et remettre les voiles.

Le fameux Manu!

Et puis on a encore un peu travaillé, et on s’est dit qu’on était suffisamment prêts pour notre première navigation d’essai, qu’on ajusterait le reste à Tahiti, et on a décidé de partir pour Moorea! (C’était là, l’épisode moule qui vomit si vous avez bien suivi!).

Cette nuit, ça fait 2 jours que nous sommes ancrés à Moorea, nous avons entendu des baleines chanter, à travers la coque du bateau, et en sortant nous avons entendu leur souffle, elles devaient être tout près, juste ici dans le lagon! La voilà, la zone de magie!

Parfois, nous avons l’impression d’être les larbins de Patchwork, qui s’essuie les pieds sur nous avec tous ses problèmes et toute sa maintenance. Et parfois, nous avons l’impression d’être extrêmement privilégiés, dans une loge de premier choix pour admirer les spectacles de la nature. Et j’apprends que c’est la vie, qu’on n’est pas toujours des rois, mais pas toujours des larbins non plus, qu’il faut prendre les choses comme elles viennent, faire de son mieux, et profiter des moments de magie lorsqu’ils nous sont donnés!

À bientôt dans un prochain article (promis ce sera pas dans deux ans!).

Portez-vous bien,

Alexandrine

PS : je publie cet article depuis mon téléphone et n’en peux donc me rendre compte du sultan qu’en ordinateur, j’espère que la mise en page sera à peu près bonne 😉

5 thoughts on “De retour!

  1. Oh ben ça alors ! Quelle belle nouvelle ! Vous aviez dit dans 3 ans on refait le tour et nous y sommes ! Quelle détermination et force de vie en vous ! Très heureuse de vous savoir repartis pour de nouvelles aventures et j’espère que nous nous recroiserons bientôt Ojala ^^(retour en Belgique pour quelques années pour Gabriel et moi mais c’est pour mieux revenir plus tard à Bocas :))

    Au plaisir de lire vos nouvelles aventures et bon vent à vous 2 !
    Adji

  2. je suis ravie d’avoir à nouveau de vos nouvelles l
    marines bonnes et …..moins bonnes. tout est reparti dans de bonnes conditions.je ne vous avais pas perdus de vue grace à j marc et martine bon vent

  3. Quel plaisir de te lire (quel style!) et d’avoir de vos nouvelles !
    Encore STP …
    Profitez bien, la vie est une fête ! Ta cousine des Antilles.

  4. J’aime ta plume, et ça fait plaisir d’avoir de vos nouvelles ! Merci pour cette philosophie de vie, qui nous passe un peu sous le nez quand on a la tête dans le train train du quotidien ( et les cours de psycho 🤓)
    Bisous doux les amis, profitez un max, ici on se les pèle !!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *