Le passage du Canal de Panama

Le passage du Canal de Panama

Pour les navigateurs, les infos techniques sont à la fin de cet article.

Le passage du Canal du Panama êtait pour moi un sorte de formalité avant de pouvoir continuer notre route. Je n’étais pas particulièrement excitée par le passage en lui-même, et j’étais même plutôt stressée à l’idée que quelque chose puisse mal se passer.

Mais finalement, l’expérience a largement dépassé mes attentes (bon à la fois ce n’était pas très difficile puisque je n’en avais aucune!). J’étais vraiment très excitée lorsque nous avons levé l’ancre, avec à notre bord le pilote et les équipiers. Excitée de passer à l’étape suivante et d’aller dans le Pacifique, mais aussi excitée de voir ce que c’était que ce Canal.

Tout a été très impressionnant. Passer sous un pont immense, être à quelques mètres de porte-containers gigantesques, voir les écluses s’ouvrir et se fermer, le niveau de l’eau monter et baisser, les remous.

Ce canal est vraiment une oeuvre d’ingénieurie. Et je dois le dire, j’ai aussi été très impressionnée par les manoeuvres de Thomas. Cela fait plusieurs années que j’assiste à ses talents de capitaine, mais sur ce coup-là il a fait fort!

Le passage s’est déroulé en deux fois. Dimanche soir à 17h, nous avons levé l’ancre pour nous diriger vers la première écluse. Avant de s’engager dans le Canal, deux voiliers sont venus s’amarrer de part et d’autre du Patchwork. Un catamaran de 40 pieds à babord, et un Super Maramu à tribord. D’emblée, le capitaine du super maramu a été désagréable. Il était visiblement très stressé et n’appréciait pas du tout d’être amarré à un bateau avec autant de pièces en bois et de cordages qui dépassent dans tous les sens (et oui, Patchwork n’a rien d’un bateau ordinaire!). Nous avons fait notre possible pour que la manoeuvre se passe sans encombre et que notre bateau n’endommage pas le sien. La catamaran quant à lui était beaucoup plus détendu et tout s’est bien déroulé. Nous étions donc prêts pour nous engager dans la première écluse.

Étant le plus grand des bateaux et au centre, Patchwork a fait avancer le convoi, les deux autres bateaux n’aidant que pour stabiliser. Thomas leur indiquait quand faire marche avant et marche arrière, tant bien que mal, la communication avec le capitaine du Super Maramu n’étant pas optimale.

Une fois dans l’écluse, nous n’avons rien eu à faire : le bateau à babord se chargeait des amarres à babord de l’écluse, et celui à tribord des autres. Nous avons donc pu profiter pleinement du spectacle! Nous étions juste derrière un cargo et avons donc pu voir l’écluse se fermer derrière nous!

Nous avons ainsi passé 3 écluses dimanche soir. Dans ces premières écluses nous sommes montés afin d’arriver au niveau du lac Gatun. Comme le niveau de l’eau montait, les équipiers sur les autres bateaux étaient en charge de rependre le mou des amarres.

À la tombée de la nuit, nous sommes arrivés au lac Gatun et nous sommes amarrés à une bouée pour passer la nuit. C’était le soir de l’éclipse de lune, ce qui a rendu cette nuit au milieu du continent, à 26 mètres au dessus du niveau de la mer, dans un lac d’eau douce, encore plus exceptionnelle!

Le lendemain matin, un autre pilote est venu vers 8h du matin et nous avons navigué sur le lac jusqu’à la deuxième partie du canal. Nous sommes arrivés à l’écluse suivante en début d’après-midi. Il y avait pas mal de vent, et le pilote qui nous avait été attribué n’avait pas l’air aussi compétent que celui de la veille. Il a enchaîné les mauvaises décisions. Nous devions passer devant un cargo (chaque passage d’écluse est optimisé, et s’il y a la place les voiliers passent avec les cargos plus petits qui ne prennent pas toute la longueur de l’écluse), et le pilote nous a fait attacher les bateaux bien avant que ce cargo n’arrive. À la moindre vague les bateaux tangaient et on entendait les amarres grincer et les barres-battage s’écraser. Heureusement il n’y a pas eu de choc désagréable! Mais le vent et le courant ne cessaient de nous emporter. Thomas et les autres capitaines étaient sans cesse en train de rectifer afin de rester sur place. Le pilote a donc décidé que nous irions nous amarrer à l’entrée de l’écluse en attendant le cargo. Il nous a fait nous amarrer contre le quai vers lequel nous poussait le vent, rendant difficile la manoeuvre pour repartir. Pour couronner le tout, c’est le super maramu qui était contre le quai, ce qui n’a rien arrangé à son état nerveux! Nous sommes tout de même repartis sans encombre et nous sommes engagés dans l’écluse.

Lors de cette deuxième étape, nous passons 3 écluses dans lesquelles le niveau descend, afin de revenir au niveau de l’océan. Les équipiers sont donc cette fois en charge de donner du mou aux amarres au fur et à mesure que l’on descend. Comme cette fois nous étions devant, nous avons pu voir les écluses s’ouvrir devant nous, ce qui nous a donné l’expérience complète. La première écluse s’est déroulée sans soucis. Tout le monde à bord prend des photos, téléphone à sa famille pour partager l’expérience. Pour la deuxième écluse, je rejoins Thomas à la barre et nous observons les équipiers des autres bateaux. Nous remarquons que l’amarre entre nous et le catamaran est de plus en plus tendue, et, en observant bien, l’équipier ne donne pas de mou sur l’amarre qui le relie au mur de l’écluse! La coque du catamaran commence à se lever légèrement au fur et à mesure que le niveau de l’eau descend, et l’équipier, qui a enfin compris son erreur, n’arrive pas à défaire l’amarre qui s’est bloquée sous la tension.

Tout à coup, BAM! Le taquet lâche, ébranlant les trois bateaux. L’équipier sans doute étourdi par le choc mais pas blessé s’empresse de ré-amarrer au centre du bateau. Ouf! Plus de peur que de mal!

Arrive la dernière écluse, la dernière porte qui nous sépare du Pacifique! L’excitation est à son comble, mais le stress est aussi omniprésent. Il y a beaucoup de courant, et Thomas sent qu’il perd le contrôle du convoi. Le pilote ne semble pas réagir, ne communique pas avec les autres bateaux. Thomas signale aux autres capitaines de faire marche arrière, les équipiers balbutient avec leurs amarres. Les bateaux ne sont pas amarrés en même temps ni à temps, le courant nous emporte…BOUM! L’arrière du super maramu vient choquer le mur de l’écluse! Imaginez la tête déconfite de capitaine grognon! Nous sommes bien contents d’être au milieu! Capitaine grognon s’en prend au capitaine du catamaran, reprochant que la manoeuvre ait échouée à cause de son taquet cassé. Il vocifère, parle d’assurance, de dommages, d’erreur! Les pilotes essayent de calmer le jeu. En attendant nous sommes encore en travers, et il s’agit de redresser le convoi! Capitaine grognon hurle au catamaran de reprendre les amarres de son côté afin de tous nous tirer loin du mur. Le capitaine du catamaran reste impassible, ne se laisse pas affecter par l’humeur de l’autre, et finalement ils parviennent à redresser le convoi. Au final, les dommages sont minimes, et je pense que le capitaine du maramu était surtout très anxieux et que le choc lui a fait très peur (c’est vrai que c’était un grand choc, on pouvait s’attendre à beaucoup plus de dégâts!).

L’eau à fini de descendre, les portes s’ouvrent, nous offrant le Pacifique! Quelle joie et quelle émotion! Mais pas le temps de s’émerveiller : le convoi est en train à nouveau de se faire emporter par le courant! Et le pilote ne réagit pas! Thomas averti le pilote, et s’empresse de signaler quoi faire aux autres capitaines. Pendant ce temps, le pilote s’égosille en espagnol pour dire aux équipiers de larguer les amarres. Personne ne réagit. Je lui dis : ils ne comprennent pas l’espagnol! Il se met alors à hurler en anglais :”slack the lines, slack the fucking lines!!!” Ça y est, ça réagit! Thomas reprend le contrôle du convoi, évitant un deuxième choc au maramu, ouf!

Nous sortons du canal, nous détachons des autres bateaux, et savourons enfin notre arrivée dans le Pacifique!!!! Que d’émotions! Une page se tourne, nous avons dit que revoir à la mer Caraïbes lors de la première écluse, et bonjour au Pacifique à la dernière. Un océan entier s’étend à notre coque. Le plus grand des océans. Et nous sommes déterminés à le traverser!

 

Informations techniques : s’organiser pour passer le canal de Panama sans agent.

Etape 1 : remplir le formulaire 4405-i que l’on trouve sur le site du canal de Panama et l’envoyer à l’adresse mail: optc-ara@pancanal.com

Etape 2 : arriver à l’entrée du Canal et mouiller au flat (gratuit, cf coordonnées GPS) ou aller à la marina de shelter bay (prix sur leur site: https://shelterbaymarina.com/rates-and-reservations/ ).

Etape 3 : téléphoner au service d’inspection ( +507 2724571 depuis Panama city et +507 4432293 depuis Colon en fonction du sens du passage) afin de programmer l’inspection et la mesure du bateau. N’hésitez pas à appeler plusieurs fois, il ont mis plusieurs jours avant de venir car il y avait beaucoup de bateaux.

Etape 4 : lors de la visite, répondre aux questions de l’inspecteur et remplir les papiers. Il vous donnera un numéro d’identification du bateau valable pour toute la vie du bateau (donc à conserver avec les papiers).

Etape 5 : aller au Citibank de Colon ( vous pouvez demander au chauffeur du bus de la marina qui fait la navette tous les jours de vous y conduire) afin de payer EN LIQUIDE le montant dû (caution comprise). Munissez-vous d’un RIB afin que la caution vous soit remboursée par virement bancaire plus tard. Si vous avez un compte en banque aux Etats-Unis, il est possible de payer par virement bancaire, mais comme ce n’était pas notre cas nous n’avons pas plus d’informations à ce sujet.

Tarifs du passage du Canal de Panama en janvier 2019. La caution (buffer) est remboursée quelques mois après le passage.

Etape 6 : A partir de 18h le jour du paiement téléphoner  au +507 2724202 afin de programmer une date de passage.

Etape 7 : une fois que vous avez votre date, préparez l’aspect intendance du passage:

  • munissez-vous des amarres réglementaires ( vous pouvez en louez pour 20$ l’une, donc 80$ au total puisqu’il en faut 4, voici deux contacts : Rick +507 64273044, Stanley +507 65233991)
  • munissez-vous des pare-battages nécessaires (vous pouvez également en louer).
  • assurez-vous que vous aurez assez de combustible pour faire le passage au moteur.
  • trouvez des équipiers. Un pilote viendra à bord afin d’assister le capitaine et quatre personnes supplémentaires sont nécessaires ( une pour chaque amarre). Il y a souvent des petites annonces d’équipiers à la marina. Vous pouvez aussi discuter sur les pontons, certaines personnes seront ravies de faire le passage du canal avec vous, ou encore poster une demande sur Facebook, par exemple dans le groupe ” Panama cruisers”. Prenez tout de même garde à prendre des équipiers expérimentés. Si vous ne trouvez pas d’équipiers bénévole les autorités du Canal peuvent vous trouver des équipiers, mais cela aura un coût.
  • Organisez l’avitaillement afin de nourrir tout ce petit monde qui viendra à bord ( et éventuellement restera une nuit à bord si vous passez le canal en deux fois en vous arrêtant dans le lac. Le pilote ne passera pas la nuit mais il y a de fortes chances que les équipiers volontaires si).

Etape 8 : La veille de votre passage, rappelez le +507 2724202 afin de confirmer votre horaire de passage.

Étape 9: passage du canal.

Nous vous conseillons de vous munir d’une carte sim locale avec une recharge afin de pouvoir téléphoner facilement. Vous pourrez communiquer avec vos interlocuteurs en espagnol et en anglais. Niveau timing, pour notre part, nous sommes arrivés un jeudi et avons eu le rendez-vous pour l’inspection le dimanche, puis avons traversé le canal le dimanche suivant, donc le processus complet a pris une dizaine de jours.

16 thoughts on “Le passage du Canal de Panama

  1. Alex et Thomas,
    Merci bien encore pour vos entrées de blog, afin que nous puissions continuer à suivre vos progress! J’aime l’inclusion des clips vidéo, afin que nous puissions entendre vos voix et voir vos sourires (et aussi le visage de la “concentration extreme” sur le Capitaine!)!!
    Et maintenant, le Pacifique!!! Puissiez-vous profiter de la voile lisse. Nous allons penser à vous en vous embarquant sur cette prochaine étape de votre voyage.
    Rob & Deb

  2. Merci beaucoup Alexandrine pour ce compte rendu “vivant” !
    J’espère que le capitaine en second est à la hauteur !!
    Bonne continuation
    Annie

  3. bjr

    Quelle aventure ce passage. C est incroyable d’etre avec des skipper comme cela.
    Mais j ai déja vue ça sur des écluses du canal du midi .
    Bon vent , un belle traversée vous attends.
    A bientot
    laurent bargeaux

  4. Merci pour le magnifique reportage très dètaillé accompagné de photos c’est un plaisir de naviguer avec vous.
    Ces quelques lignes furent pour moi un moment d’évasion. J’attends avec impatience votre prochaine traversée .

  5. Hi Alex and Thomas, great to read you made it safely to the other side. Thanks for all the info, it will come in handy when we cross (next year). Best of luck in the Pacific, hope to catch up with you somewhere… And thanks again for being our sonar!

    1. Hey! Good to hear from you! Happy to help 😉 hope to see you in the Pacific, until then fair winds and good luck with your projects 😉

  6. Que les vents vous soient favorables pour continuer vos aventures et que nous ayons le plaisir de vous suivre …
    Nous sommes avec vous en pensées.

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