3 ans après notre départ : le bilan !

3 ans après notre départ : le bilan !

Aujourd’hui, cela fait trois ans jours pour jours que nous sommes partis. J’ai l’impression que c’était hier et que le temps est passé à toute allure, et pourtant il s’est passé tellement de choses qu’il faut bien trois ans pour toutes les contenir! Je reviens avec vous sur ces trois années de Life on Patchwork!

La lune de miel

Nous sommes partis pleins d’enthousiasme et d’inconscience, assoiffés d’aventures. Les premiers mois à bord ont été idylliques, tout était nouveau, inédit. Nous apprenions encore les subtilités de la navigation avec Patchwork, nous arrivions par la mer dans des endroits magnifiques, nous nous faisions des copains. L’idée, au départ, était de traverser l’Atlantique puis de se poser dans les Caraïbes pendant quelques années pour que je trouve un travail dans ma branche (j’ai un master en économie de l’environnement). Thomas ne tenait pas particulièrement à rester ingénieur, nous avions donc convenu qu’il s’occuperait de “terminer” le bateau pendant que je travaillerais. En effet, nous étions partis sans avoir totalement fini les travaux de rénovation (bien qu’un bateau ne soit jamais fini de toute façon), remettant à plus tard plusieurs choses cosmétiques (surtout de la peinture) et nous en accommodant tant que les éléments structurels et de navigation étaient en bon fonctionnement.

J’ai donc cherché du travail, candidaté dans plusieurs ONG et collectivités territoriales. Mais je n’ai sans doute pas mis autant de persévérance et d’énergie dans cette recherche d’emploi que j’aurais pu. Qu’il était doux de se laisser aller à la paresse tropicale ou d’aller explorer les environs au lieu d’éplucher les offres d’emploi! Au bout de quelques semaines, Thomas a vu une faille, et il s’y est engouffré. Cela faisait un moment que l’idée de passer sa licence de capitaine et de travailler sur les bateaux le travaillait, et il m’a convaincue pour que nous travaillions ensemble en tant qu’équipiers. 

En avril, 5 mois après le départ, nous sommes donc allés à Saint-Martin pour passer le STCW (formation sur la sécurité en mer, indispensable lorsqu’on souhaite travailler professionnellement sur des bateaux) et la licence de capitaine pour Thomas. De mon côté j’ai commencé la plongée. Puis très rapidement nous avons été embauchés pas Tradewinds en Guadeloupe, en Juillet 2016.

L’expérience Tradewinds

Nous travaillions pour cette société de charter qui propose des vacances à la semaine sur des catamarans de luxe. Nous avions 10 clients à bord, la plupart du temps 5 couples qui ne se connaissaient pas, et nous devions les faire naviguer, organiser leurs activités, les servir et faire à manger. Nous enchaînions 2 semaines de charter, avions 4 jours de repos avant de se préparer pour les 2 semaines suivantes. Patchwork était amarré à la marina de Bas du Fort, et nous n’allions le voir qu’une fois ou deux pendant les semaines “off”. 

En novembre, la visite de Tristan et Eloïse a eu l’effet d’une claque. Nous les avons amenés faire un tour avec Patchwork, et nous nous sommes rendu compte à quel point il s’était dégradé en peu de temps, ainsi laissé pour compte sous les climats tropicaux, chauds et humides, peu cléments pour un voilier en bois. Nous n’avions pas passé toutes ces années à rénover ce bateau pour le laisser pourrir dans une marina! Et puis les charters nous stressaient beaucoup, et créaient des tensions dans notre couple. Nous avons démissionné. Passés les deux mois de préavis nous serions libre de nouveau pour être avec Patchwork. 

C’était sans compter sur la proposition que nous fit Tradewinds : travailler en freelance, être payés à la semaine, et avoir la flexibilité de refuser ou d’accepter les contrats selon notre disponibilité. C’était le rêve! Les contrats se sont enchaînés jusqu’à fin mars. Cela faisait déjà 5 mois que nous avions décidé de démissionner pour s’occuper de Patchwork, et nous étions toujours au même point. Il fallait prendre une décision : j’ai indiqué à la directrice des ressources humaines que j’étais disposée à travailler seule (jusqu’à présent nous étions engagés en tant que couple, qu’équipe capitaine/hôtesse), pendant que Thomas s’occuperait de Patchwork. Pendant deux mois, j’ai donc travaillé pour Tradewinds et Thomas a recollé les lattes qui s’étaient décollées sur le pont, a repeint les mâts et la bôme, a peint en blanc le cockpit et sa table, et a refait le réfrigérateur. Cela a duré jusqu’en Juin, puis dans la foulée nous avons embarqués sur le catamaran de nos amis Annabelle et Edouard (rencontrés à Saint-Martin un an plus tôt) pour 5 semaines, afin de les accompagner des Grenadines à Bocas del Toro.

Le 16 juillet, nous atterrissons à Pointe-à-Pitre, défaisons les valises, en refaisons de nouvelles, et le 17 nous voilà partis pour 7 semaines en France. Patchwork reste seul, encore une fois.

La désillusion

Nous avions convenu que dès notre retour, nous retournerions sur Patchwork, pour continuer notre voyage. Le charter étant une activité plutôt lucrative, nous avions de quoi voir venir pour quelques temps. Et puis nos amis Lindsey et Magnus (rencontrés en Dominique en mars 2016) nous ont proposé de partager leur saison de charter : nous ne travaillerions que 4 mois, ils pourraient garder un oeil sur Patchwork pendant ce temps, et la compensation financière qu’ils laissaient miroiter était plus qu’alléchante. Nous avons donc accepté.

En septembre 2017, 2 ouragans de catégorie 5 s’abattent coup sur coup sur les Antilles. Si Irma épargne Patchwork en passant au nord de la Guadeloupe ( nous étions en France à ce moment-là, les yeux rivés sur les prévisions météo), Maria vient droit sur lui, et nous reprenons notre vie sur le Patchwork sur les chapeaux de roue! Nous filons nous mettre à l’abri en Martinique. Et puis, une période de flottement s’installe. Cela fait un an que je n’ai pas vécu à bord, Thomas y a passé trois mois quelques mois plus tôt, en mode travaux. Il a abattu beaucoup de travail, mais il en reste, et des choses viennent s’ajouter au fur et à mesure. Je n’ai pas le courage. Thomas non plus d’ailleurs. On glande, on n’a même plus l’envie de s’émerveiller de ce qui nous entoure, d’aller explorer. Thomas regarde les annonces de petits bateaux à vendre, je regarde les annonces de maisons en France. 

Nous laissons passer la saison cyclonique, puis allons aux Îles Vierges, où nous attendent des paysages dévastés par les ouragans. Le voilier de nos amis Lindsey et Magnus, qu’ils venaient juste d’acheter, est couché sur le sol. Ils projetaient de le remettre en état pendant les 4 mois où nous les remplacerions en charter, puis de faire des sous avec les autres 4 mois de charter avant de partir à l’aventure. Le plan est compromis. Leur bateau ne sera pas prêt à prendre la mer avant de nombreux mois. Le mât est en quatre morceaux, il leur faut 25 000 $ pour le remplacer. Le catamaran sur lequel nous devions faire du charter est lui aussi grandement endommagé, il restera en cale sèche jusqu’en février. Tous nos charters sont annulés. Thomas a des calculs rénaux. Le moral est au plus bas. 

Nous essayons de positiver, de tirer partie de cette situation qui nous offre davantage de temps sur Patchwork. Mais la caisse de bord se vide plus rapidement que prévu, et les îles que nous visitons ont du mal à se remettre des ouragans. Une proposition d’emploi par Tradewinds arrive à point nommé, et je pars pendant un mois de mi-décembre à mi-janvier, laissant Thomas à bord, une fois de plus, pour s’occuper des travaux. À mon retour, le stress financier s’est allégé, mais Thomas n’a pas eu beaucoup de temps pour avancer sur les travaux. Je suis déçue, je commence à avoir du ressentiment. Je me suis pour ma part totalement désengagée des travaux, je suis découragée, j’en ai assez. Je vois ce qu’il y a à faire, mais je ne me résous pas à lasurer le plat bord, à repeindre la salle de bain ou à faire les quelques bricoles qui amélioreraient le quotidien. Je râle et je ne fais rien. Et Thomas ne peut pas tout assumer.

Le départ pour Cuba vient apaiser les tensions et allège l’ambiance à bord. Mais si nous décidons d’ignorer le problème, il n’en reste pas moins existant : Patchwork a besoin d’amour, de temps et d’énergie, et il va falloir lui donner. Pendant trois mois, nous profitons du voyage, nous recevons les parents de Thomas, mon amie Clémence, puis mon amie Jennifer. On retrouve notre enthousiasme! Voilà ce que l’on veut, voilà ce que l’on aime : naviguer, faire des rencontres, visiter les îles. Mais le stress financier et la nécessité de faire des travaux sur Patchwork planent. Nous décidons d’aller à Bocas del Toro, où nous avions fait escale avec nos amis Edouard et Annabelle un an plus tôt. Ils nous en ont dit beaucoup de bien. Nous mettons le bateau sur Airbnb, dans l’espoir de gagner un peu d’argent, et de se mettre aux travaux lorsque nous n’aurions pas de clients.

Finalement, la saison touristique est au plus bas, et nous ne louerons que deux nuits! La déception est grande, et la pluie omniprésente dans cette région n’est pas là pour améliorer la situation. Je n’arrive toujours pas à me motiver pour les travaux, pendant que nous découvrons qu’une important partie à l’arrière du bateau est totalement pourrie. La liste des travaux s’allonge. Nous rentrons en France pour 2 mois et demi, espérant prendre du recul et nous changer les idées.

Remise en question

Quelle joie et quel plaisir de retrouver nos familles et nos amis, les lieux qui nous sont familiers. Ça donne envie de rester. Mais quand même, et Patchwork? Et si on faisait 6 mois-6 mois? Ça serait le pied! En France d’Avril à Septembre, puis dès que les jours se font trop gris ici, on repart sous les tropiques! On rêve, on s’emballe. On visite des maisons, on imagine des projets, on établit des budgets. Puis on déchante. Qu’est-ce qu’on s’imagine? Les licornes existent et volent dans les nuages, et la marmotte met le chocolat dans le papier d’alu! Beh tient! Quelle idée de laisser Patchwork se dégrader pendant 6 mois pour retrouver une maison en chantier (avec notre budget on peut tout juste s’acheter une ruine!), pour ensuite retrouver un Patchwork où tout est à recommencer. Et je ne vous parle même pas du coût de tout cela. Non, c’est impossible. Alors, qu’est-ce qu’on fait? 

Des plans pour l’avenir

On a fait un choix. On a choisi Patchwork. L’histoire est trop belle pour la laisser tomber. Mais il faut s’y prendre autrement. Il faut arrêter de subir et de se plaindre, et il faut agir. Il faut y consacrer tout son temps : pour les travaux, mais aussi pour en profiter. Il n’est plus question de le laisser seul pendant des mois. À quoi bon le rénover et le maintenir si c’est pour le laisser se dégrader ensuite. Il faut donc le rénover et le maintenir, puis naviguer, y vivre dessus, s’y sentir bien, en tirer son meilleur parti, lui laisser l’occasion de nous offrir tout ce qu’il a à donner : des îles perdues aux sensations de navigation. Nous sommes remontés à bloc. Je prends conscience que je ne peux pas me reposer sur Thomas pour les travaux et la maintenance. Nous sommes une équipe.

Mais il reste une réalité: cet été lorsque nous envisagions les 6 mois-6 mois, c’est que notre famille et nos amis nous manquent, et nous avons réalisé que nous ne voulons pas passer toute notre vie loin d’eux.

Nous sommes partis dans l’idée de nous poser dans les Caraïbes pour que je travaille dans ma branche, mais rien ne s’est passé comme prévu. Puis nous nous sommes laissés portés par le courant, sans but bien précis. 

Bien sûr, rien ne se passe comme prévu en voyage en bateau, mais on peut au moins se donner des grandes lignes, des objectifs, pour guider notre progression, et ne pas s’enliser.

Alors nous avons décidé de bichonner Patchwork, de lui donner toute notre énergie et notre attention, pour qu’il nous le rende bien. Nous cochons sur la liste des choses qui n’avaient pas été faites depuis le départ (la peinture de la coursive, celle de la salle de bain), mais aussi celles qui se sont ajoutées au fil du temps (notamment l’arrière du bateau dont une grande partie a pourri). Et ça avance, et on est fier! Et ce n’est plus un boulet qu’on se traîne, mais une tâche à laquelle on s’attaque! Ça fait un bien fou!

Et lorsque je vous disais que Patchwork allait bien nous le rendre : il va nous amener dans le Pacifique! Et il ne va pas s’arrêter là! Nous avons prévu une date de retour en Méditerranée, de façon à nous rapprocher de nos familles et de nos amis. Nous partons pour le tour du Monde!

Enfin maintenant que nous allons nous consacrer entièrement à notre vie sur Patchwork, je vais avoir de la matière pour abreuver LifeonPatchwork plus régulièrement.

Je vous embarque dans notre Tour du Monde!

5 thoughts on “3 ans après notre départ : le bilan !

  1. Nous vous suivons sans hésiter !
    Quel bilan touchant, empreint de passion, de ténacité, d’humilité, de leçons de sagesse ainsi que de joie de vivre !
    Les prochaines années seront, j’en suis sûre, encore plus riches de découvertes, de projets et de bonheurs partagés, pour notre plus grande joie 😊.

  2. Magnifique récit, je comprends votre bonheur et vos désillusions, rien n’est simple, même sur un bateau ! Cette vie d’aventuriers vous va si bien, continuez à vivre cette expérience si enrichissante, bisous à vous 2

  3. Slt les petits,
    Pas tjs le rêve la vie à bord, mais tellement de plaisirs que finalement les galères sont vîtes oubliées!
    Pour nous après pleins de plaisirs, les galères sont la! Tilouann nous fait une crise de vieillou, l omose est venue squatter… Donc au sec, rabot dans une main et epoxy dans l autre! On espère pouvoir le remettre à l eau en février. ..
    On vous espère heureux comme des marins sur l eau, au plaisir de vous revoir, ici ou là. ..
    Biz tropicales
    Anne&Chris sur Tilouann

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